Ça fait quoi d’être un insecte ? (A ta place, pion de l’économie triomphante !)

fourmi 2Ma petite maman…

Tous les jours, tu nous vois revenir, la boule au ventre, de notre journée de travail. Tu supportes nos plaintes, nos coups de mou…

Et t’est venue cette question : « Je ne comprends pas pourquoi vous êtes tous aussi démotivés… moi j’adorais travailler ».

 

Alors je vais tenter d’éclairer certains aspects de notre vie dans un monde que tu vois mais que tu ne te prends pas dans la face chaque matin en te levant…

Moi, quand je me lève, je sais que je vais courir vers un absolu qui n’existe plus. Vers un monde rêvé que je ne connaitrais jamais.

– Vous aviez le modèle américain ; où chacun aurait accès à un certain confort matériel s’il s’en donnait la peine. Moi, mon modèle, c’est le chinois. Chaque jour, on nous rabâche les oreilles. « Soyez déjà contents d’avoir un boulot ; vos enfants ne doivent pas encore travailler à l’usine pour faire des chaussures de sport »

– Chaque jour, je vois ma sécurité sociale se découdre, rembourser moins, refuser de reconnaître les malades. Alors je me dis que si jamais je perds mon travail, viendra un jour où je ne pourrais plus soigner mes enfants. Et peut-être même malgré que j’en aie un d’abord. Peut-être que viendra le jour où il ne suffira pas.

– Moi, mon salaire passe en factures d’énergie, il paye un toit pour ma famille, il paye les multinationales pharmaceutiques, des télécommunications et me permet de nous nourrir. Et je m’estime chanceuse… c’est ça le pire. Quand tu sais que tu n’arrives pas à mettre un Euro de côté (et qu’après tout, même si tu arrivais, ton compte d’épargne te couterait de l’argent, oh ironie), quand tu sais que ce que tu gagnes va enrichir les milliardaires actionnaire, les banques qui eux ne reversent rien à la communauté ; il te faut bien tout ton courage pour encore trouver un sens à tout cela.

– Alors qu’avant on te prélevait de ton salaire pour le bien du plus grand nombre, a présent c’est la majeure partie de tes revenus qui engraisse les plus riches. Et on t’encourage à surtout bien taper sur ceux qui, pauvres diables, oseraient avoir besoin de l’argent de la solidarité… Parasites qu’ils sont ! Alors donc qu’avant tu donnais pour une valeur d’égalité et d’entraide, aujourd’hui on te vole en te culpabilisant lorsque tu oses demander aux politique d’investir pour l’humain. Moucheron tu es, moucheron tu restes. Et l’ignominie ultime revenant à ce patron me disant un jour, je m’en souviens comme si c’était hier : « M’enfin ! mais si tous ces gens qui gueulent achetaient des actions, ils auraient leur mot à dire » !

– Mécébien sûr !! Je vais acheter des actions ! et puis comme ça, je ne nourris mes enfants que 3 semaines sur 4. Hop, le tour est joué… Mais moi monsieur, j’ai encore cette fierté que les politiques ont abandonnés depuis longtemps, la fierté de tenir à mes valeurs. Et ma première valeur est de subvenir aux besoins de ceux dont j’ai la charge ! Oui je sais… quel principe ringard…

– Alors on te dit et rappelle bien que c’est ton choix d’avoir des enfants. Que personne ne t’y force. Certes. Et avec le recul et voyant le monde, c’est chaque jour que je me demande si j’ai bien fait… Pas à cause d’eux, ils sont ma raison de vivre ; pour eux. Dans un monde où la compétition est partout, la perfection attendue est divisée par le nombre d’enfants que vous mettez au monde.

– Vous devez être une mère parfaite, avoir une maison socialement acceptable, des enfants ayant une vie sociale, des loisirs, un psy, des résultats scolaires au top et si possible… beaux. Voire, d’une beauté impossible à atteindre. Cette pression ils la subissent et je la subis tous les jours.

– Dans un marché du travail surchargé, la compétition est rageuse. Et encore une fois, les plus riches partent gagnants. Parce que c’est à coup de cours particuliers hors prix, de voyages linguistiques privés, d’écoles supérieures privées coutant un rein qu’ils se hissent sur les hautes marches. Toi, tes gosses, si tu as de la chance, tu leur offres un enseignement public pas trop mauvais. Et quand tu en as trois, oublies donc tous les extras. Il te faudra d’abord si tu le peux, payer leurs soins dentaires et leurs lunettes.

– Et eux, tous les jours, dans un monde ultra violent et et intolérant, ne recevront que du négatif quotidiennement. Pas les plus beaux, pas les mieux habillés, pas les plus riches, pas la plus belle maison, pas la plus belle voiture, pas la… pas la… et toi, en tant que parent, tu pries et surveille leur vie sociale en priant pour qu’ils ne soient ni harcelés, ni anorexiques, ni drogués, qu’ils gardent une bonne estime d’eux même et qu’ils ne se jettent pas sous un train un matin…

– Et cela aussi, ça prend du temps. Un temps précieux. Celui que tu ne passeras pas à repasser leurs vêtements. Parce que la femme de ménage, tu oublies aussi. De toute façon, tu ne peux pas te la payer…

– Donc, tu nettoie, tu repasse, tu gueule sur tes enfants qui ne rangent pas assez, pas assez vite, sur les embouteillages (ah oui, ça aussi c’était fluide de ton temps, maman) sur les dix minutes de retard de ton train.

– Tu passes des nuits éveillées à penser à tes dettes . Parce que la société a tout bien mis en œuvre pour que tu en aies, des dettes. C’est même la dette qui crée l’argent qui paye les actionnaires donc c’est dire si elle en a besoin. Mais toi ben…ça t’angoisse. Et tu pries que le jour d’après soit celui où tout s’arrangera. Mais rien ne s’arrange. Ou peu. Ou pas assez vite.

– Tu regardes autour de toi et tu vois les gens qui doivent vendre leur maison, ceux qui se retrouvent sans boulot, ceux qui sont exclus du chômage, ceux qui vivent dehors, qui fuient la guerre des petro-dollars… et tu espères que demain ce ne sera pas toi… alors tu te tais et tu serres les dents.

– Et tu dis à tes enfants qu’il faut être fort !

– On te dit que tu manques de créativité, qu’un emploi ça se crée s’il n’y en a pas. Mais dans l’autre oreille, on te susurre que tu ferais bien de t’accrocher à ce que tu as ! de ne pas prendre de risque. Alors tu n’en prends pas.

– Et quand bien même l’envie folle te prendrait de… je ne sais pas moi, tenter de créer une société, une asbl, de laisser parler un côté artiste, de reprendre des études, de divorcer, de quitter un mari brutal, de reprendre un nouveau départ… là aussi le quotidien te ramène aux factures du mois prochain. Et le mari qui tape dur… tu endures.

Et ça… c’est quand tu as des enfants en pleine santé… si par malheur un de tes enfants est gravement malade ou souffre d’un handicap… accroche toi.

Dis adieu à ton couple, il ne tiendra pas le coup. Dis adieu à tes loisirs, dis adieu à ta vie sociale. Et endure. Endure les jours et les jours a te battre contre un système qui ne pense qu’à surtout… ne pas aider ces « parasites ». Après tout, les SS le disaient si bien, un handicapé est une charge pour l’Etat et ne produit que peu.

Voilà maman…

Quand tu me demande pourquoi c’est si dur parfois…. Je me dis que j’ai de la chance qu’il y ait encore des jours où ça va…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s