Comment on a tué Aristote au supermarché…

 

 

 

 

 

 

Nous vivons une époque trouble. Comment nos opinions sont-elles influencées et influençables ?  Quel est l’enjeu de nos libertés d’expression ?

Je me propose d’en étudier la question.

La guerre psychologique

Nous sommes tous victimes d’une propagande ; d’une pression psychologique.
Une opération psychologique c’est toute forme de communication destinée à influencer les opinions, émotions, attitudes et comportements d’un groupe au bénéfice d’un commanditaire.

Jusque là, c’est clair.
Or, il faut savoir qu’à l’heure actuelle, la communication aux masses, les « relations publiques » sont devenues un business lucratif.

Aujourd’hui, les agents en relations publiques sont plus nombreux que les journalistes.

Nous avons tous en tête les manipulations d’opinion précédant à l’entrée en guerre des Etats-Unis contre l’Irak.

Installation d’un climat de peur, de non-sécurité ; menace nucléaire, terroriste ; mise au ban des anti-guerre taxés d’antipatriotiques…
Tout ceci est une opération menée par les agents en relations publiques afin de légitimer l’entrée en guerre.
De grands groupes comme Rendon, Burston-Marseller ; en ont fait leur spécialité.

Le peuple américains croyait vraiment aller sauver les irakiens de leur propre perte, et leur apporter la « Civilisation ». Autrement dit, la « Démocratie ».
Ceci n’est pas nouveau ; les Européens eux-aussi allaient apporter la « civilisation » aux colonies… Et nous verrons plus tard que nous sommes influencés dans bien d’autres domaines.

Résultat de la guerre : 600 000 à 1 million de morts irakiens et 4 millions de réfugiés.
Comment peut-on expliquer que des hommes, sous couvert d’intentions louables, partent risquer leur vie et tuer des millions d’autres ??

1)    Gestion de la perception

Si l’on se réfère à l’histoire de nos syndicats et à leur combats ; on verra que les grands groupes de l’époque ont essayé à tout prix de les faire taire dans un premier temps.

Assassinat des fauteurs de trouble, discréditations publiques, menaces envers les ouvriers et leurs familles… Les financiers de l’époque (exploitants miniers, groupes pétroliers etc…) répondait avec force contre la rébellion des masses.
Or, ils s’aperçoivent que l’opinion publique se révolte contre eux.
Ils engagent alors les précurseurs des agents en relations publiques.

Ces agents revoient leur image, et c’est ainsi qu’on voit apparaitre des industriel finançant les universités, donnant à des œuvres caritatives ; se faisant tirer le portrait sur les chantiers…
Ils réalisent qu’ils doivent donner au peuple juste assez pour qu’il ne se révolte pas.

Depuis lors, le rôle de ces agents n’a fait que prendre de l’ampleur et chaque décision et actions est préparée dans le détail.

L’agence Burson-Marsteller a par exemple comme clients Philippe-Morris ou encore le fameux groupe Monsanto.
Ils étaient aussi aux côtés du gouvernement indonésien lors du génocide au Timor Oriental ou encore ont conseillé le gouvernement Nigérien et le groupe SHELL lors de la guerre du Biafra au Nigeria.
En 1999, son Chiffre d’affaire était de plus de $274 millions  et en avril 2011, Paul Holmes, expert de l’industrie des relations publiques, remet à Burson-Marsteller le titre d’agence américaine globale de l’année, en mentionnant, pour justifier son choix, la croissance à deux chiffres de l’agence aux États-Unis et d’enregistrer des bénéfices records pour l’année 2010.
Tout ceci est rendu possible par un levier :

2)    La propagation de la foi

Le peuple est par nature opposé à la guerre. Leur première recherche est en effet la paix et la sécurité. Pour imposer une guerre et envoyer les hommes au front, il faut donc des moyens de pression.

Le premier est évidement la sécurité. Tout adversaire devient une menace pour la sécurité du peuple (voir la campagne électorale de N. Sarkozy, basée presqu’entièrement sur le sujet).

Le peuple doit avoir FOI en une politique de sécurité nationale.
Que fait-on alors ? On culpabilise la population. Pas de paix sans victoire, pas de victoire sans combat. Si vous ne vous battez pas, vous êtes coupable de la non-sécurité du pays.
Le pays a besoin de héros. Les agences aussi.

Pour reprendre l’exemple américain ; on fait disparaitre du débat national toute lutte intestine. On prétend qu’il n’y a plus de différences de classes sociales. On fait du peuple américain un seul bloc, unis par un seul but ; protéger ses intérêts et aider les civilisations de sauvages (non-démocratiques). Ils deviennent le peuple élu. Le patriote est un homme qui se bat.

Or, qu’est-ce qu’un patriote ? Celui qui se bat pour des conquêtes militaires et économiques ou celui qui se bat pour le mieux-être du peuple ??
La guerre, c’est la santé de l’Etat ; elle relance l’économie militaire, et industrielle.

3)    Notre place à nous ?

Notre problème principal, c’est que nous vivons dans de fausses démocraties.
Nos gouvernements sont une élite ; et nous avons juste le droit de choisir, parmi cette élite, un « représentant » censé défendre nos intérêts. Lui, a le droit de régner sur la masse.

Aristote, père de la démocratie voyait un inconvénient à celle-ci. Si l’on donne trop de pouvoir au peuple ; celui-ci finira par s’attaquer aux riches. Les gouvernements actuels y voient le même problème. Ceci dit, leurs solutions divergent.
Aristote résolvait le problème en restreignant les inégalités. Nos dirigeants ont choisi, eux, de restreindre la démocratie.

Le développement des technologies de communication ont fait que les gens s’ouvrent à de nouvelles forme de fonctionnement or, plutôt que de changer les anciennes structures institutionnelles, on essaye de réajuster l’opinion publique par la propagande.

On va par exemple démontrer les dangers d’un internet libre ; sous couvert de prétextes fallacieux, afin d’en réguler le contenu (ACTA nous y voilà…)

Comme de toute façon, le peuple est considéré comme une masse d’incompétents et de fauteurs de trouble ; on va fabriquer un consentement à la prise en main des structures par la politique et les lobbys imbriqués l’un dans l’autre.

4)    Je suis un consommateur

Suite à la révolution industrielle, la production mondiale de biens dépasse la demande du marché et l’économie s’écroule.
Il y avait à ce moment précis deux solutions.

a)    Réduire le temps de travail et augmenter les salaires afin que le peuple consomme, et que la production et la consommation soient en équilibre.
Or, cette solution aurait été, selon nos dirigeants, source de troubles et de radicalisation des travailleurs. Ils auraient eu plus de temps pour reculer et réfléchir. Cette solution fut donc écartée.
b)    Instaurer la consommation comme fin en soi. On n’achète plus pour combler des besoins ; mais pour être heureux.

On associe alors le bonheur à l’achat de biens divers et variés. La possession, l’agrandissement perpétuel de son habitat, deviennent des instruments de bonheur. On est en plein boom de la publicité.
Or, le bonheur n’augmente pas avec les possessions une fois que les besoins primaires sont satisfaits. Le bonheur augmente par les relations sociales, les connexions, la relaxation.

On fait croire aux gens qu’en travaillant plus, on doit réussir ; et augmenter son pouvoir d’achat. On fait croire que n’importe qui peut réussir, d’où qu’il vienne.
Dans les faits, la mobilité entre les classes sociales est réduite. (Nous ne sommes pas nés sous la même étoile…)

Mais par ce rêve, on culpabilise ceux qui ne réussissent pas en leur disant qu’ils ne travaillent pas assez.

Or, la prospérité pour tous n’a JAMAIS existé. Elle a été relative après guerre grâce au regain de l’industrie (et aussi parce que les Etats n’étaient pas encore sous perfusion des marchés financiers, mais ça c’est le sujet de mon prochain article…) mais dans les années 2000, les inégalités entre très riches et les autres n’ont jamais été aussi importantes.
La pauvreté est nécessaire pour que la richesse existe.

On demandait à Confusius ce qu’il ferait s’il devenait chef d’Etat. Il répondit alors « Je rectifierais le langage ». Aujourd’hui, il contrôlerait les médias.

Derrière la démocratie politique, se cache une politique économique. Derrière l’égalité politique, se cache une égalité économique. C’est tout simplement impensable pour les dirigeants de ce monde.

Celui qui contrôle donc la propagande, les médias et la liberté d’expression, contrôle notre vie.

Combattez

1 commentaire

  1. Je ne peux pas être plus d’accord avec ta dernière phrase. C’est clair et, en plus, ça fait des siècles que c’est le cas. Au Moyen-Âge, la religion dirigeait ce que devaient penser les gens, mais pas besoin de médias à l’époque où l’on brûlait vifs les contrevenants.

    Quoique dès l’impression, se sont pas gênés pour faire des autodafés terribles de ce qu’ils ne leur plaisait pas.

    ça s’est poursuivit de tous temps. Un bel exemple en est la WWII avec un peuple allemand complètement dépassé par la propagande nazie. L’information, c’est le pouvoir, et le pouvoir s’inquiète quand il ne maîtrise plus l’information.

    Depuis quelques années, internet se mondialise. S’il était déjà largement répandu avant, les gens ne le connaissaient et ne l’utilisaient pas aussi bien qu’à présent. Tout le monde peut jouer le petit journaliste dans son coin, mais surtout, maintenant, tout le monde va lire ce qu’il se passe sur le web, FB, etc…

    Le gouvernement perd la maîtrise qu’il avait sur les médias classiques (TV, radio, journaux) et essaie de la récupérer. Trop tard, ou peut-être juste à temps… on verra.

    Quand tu dis ça :

    « Comme de toute façon, le peuple est considéré comme une masse d’incompétents et de fauteurs de trouble ; on va fabriquer un consentement à la prise en main des structures par la politique et les lobbys imbriqués l’un dans l’autre. »

    Pas QUE considéré. Malheureusement, ce n’est pas complètement faux d’interpréter les choses de cette manière. On obtient un grand pouvoir quand on se rend compte que les gens sont cons et qu’on sait se servir de ce savoir.

    Oui, les gens sont cons. Certains plus que d’autres, et cette interprétation, aussi triste qu’elle puisse être, peut s’avérer justifiée.

    Oui, parce que si y’avait pas autant de cons sur la planètes, on partirait pas en guerre.

    J’aurais des tas de trucs à dire sur le sujet, mais je vais pas trop spammer non plus ^^

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